Je vous l'avais bien dit que quelque chose se préparait ! Mon sixième sens d'animal à longues oreilles ne m'avait pas menti. Il faut vraiment que je vous raconte tout ce qui m'est arrivé hier : de mémoire de lapin, on avait rarement vu ça !
Hier, l'appartement était vraiment totalement vide, propre, comme le jour de mon arrivée. JL a fini de tout enlever. Et puis, d'un coup, Mag est venu me voir. Elle m'a fait un calin. La traîtresse ! J'ai compris ensuite que c'était pour mieux m'amadouer. Parce que, de suite après, elle m'a poussé dans une espèce de boîte où il faisait sombre. Bon, d'accord, il y avait un bon gros tas de foin et de l'eau. Mais ça ressemblait tout de même fichtrement à un piège ! C'est que je pouvais à peine remuer, moi, là-dedans. Je voulais retourner dans ma cage géante mais pas question, il n'y avait pas d'issue. J'ai un peu balancé du foin dans tous les sens pour montrer mon mécontentement mais personne n'est venu à mon secours. J'ai donc décidé de prendre mon mal en patience.
Au bout d'un moment, j'ai entendu des voix. Un monsieur est venu et il avait l'air d'inspecter l'appartement. Il disait : "La tapisserie est un peu abîmée ici... Le volet roulant se ferme bien... Et patati et patata..." Ca a duré un bon moment. Jusqu'à ce que je me suis senti soulevé de terre. Tout le monde s'est dit au revoir et on m'a transporté jusqu'à la voiture. Je la connais bien celle-ci : j'y ai déjà fait plusieurs séjours mais jamais très longs et dans ma grande cage. Je me suis senti un peu rassuré : peut-être que la torture allait enfin se terminer. Mais non !
JL a essayé de me faire rentrer dans la voiture ou plutôt de faire rentrer ma boîte. Sauf que la voiture était vraiment pleine à craquer : on n'aurait pas pu y glisser la moindre petite oreille. Du coup, je me suis retrouvé aux pieds de Mag qui a bien eu du mal à prendre place. Je l'entendais râler. Je crois bien qu'elle avait les genoux sous le menton. Elle n'arrêtait pas de dire qu'ils auraient dû mieux calculer et emporter moins d'affaires. Maintenant, c'est trop tard et elle n'a plus qu'à faire le trajet comme ça, à moitié pliée, avec ses pieds qui raclent la cage dans laquelle je suis. Pour ce qui est du trajet, justement, nous voilà partis. Je reste bien sagement couché au fond de la boîte. Au fond, ça n'est pas si terrible que ça. Je n'ai qu'à être patient. Et puis, il y a de la musique.
Au bout d'un moment, nous nous arrêtons. Je me manifeste pour ne pas qu'on m'oublie : si on est arrivé, je veux sortir de là au plus vite. Mais c'est raté ! On me laisse encore attendre dans cette boîte. Quand Mag et JL reviennent, ils tentent de me trouver une place plus confortable pour Mag et pour moi. Ce n'est pas facile mais ils finissent par y arriver : Mag peut déplier ses jambes et moi, je peux dorénavant voir la route, l'oreille gauche de JL et les entendre papoter. Je manifeste encore un coup, pour la forme et je boude quand JL essaie de m'amadouer. Il ne faudrait pas qu'il croit que je vais leur pardonner ce mauvais tour aussi facilement. Surtout que je n'ai rien fait pour mériter une telle punition. On s'arrête encore deux fois mais rien ne change pour moi. Le temps me paraît vraiment très long et je m'agite de plus en plus. C'est que j'aimerais bien pouvoir me dégourdir les pattes.
Au bout d'un très long trajet, je les entends qui se chamaillent : on est perdus ! Il ne manquait plus que ça. Au moment où la torture allait prendre fin, voilà qu'ils se trompent de chemin. On reste bloqués un bon moment dans la circulation avant d'enfin nous arrêter pour de bon. A peine arrivés, Mag me transporte à nouveau et, lorsqu'elle ouvre enfin la porte de la boîte, je découvre un mignon petit balcon. Je regarde à travers la vitre : il y a un appartement sympa de l'autre côté mais ce n'est pas chez moi. Mag et JL y entassent tout ce qui se trouvait dans la voiture et les plantes viennent même me rejoindre sur le balcon. Du coup, comme j'ai un petit creux, je mets un grand coup de dents dans le figuier. Ils ne croyaient pas s'en tirer à si bon compte non plus ! Il fallait bien que je me venge de ce qu'ils m'ont fait subir toute la journée.
On finit par me faire réintégrer ma cage. Avec de la nourriture, de l'eau et du foin, dans ma cage géante, tout va mieux. Je découvre un peu mieux l'appartement. C'est tout neuf et tout propre : il y a une cuisine américaine, un canapé clic-clac (chouette, on va pouvoir avoir de la visite !) et je devine une chambre et une salle de bain un peu plus loin. Il y a tout le confort possible et mes maîtres ont l'air plutôt contents. Après une journée éprouvante pour tout le monde, ils installent quelques affaires pour pouvoir circuler comme ils disent, vont se chercher "un truc" à manger et finissent par s'endormir. Et moi, je fais de même. Je vous raconte la suite demain...
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